Interview d’Agnès Lubin sur la cession de son entreprise de nettoyage à Caen

Avoir l’occasion d’interviewer une femme qui vient de céder son entreprise n’est pas le cas de figure le plus fréquent ! Et pourtant les messages portés par Agnès Lubin, dirigeante de CAEN NETTOYAGE.net, sont riches de sens. Elle nous raconte…

agnes lubin

Quelles sont les grandes lignes de votre parcours ?

Il est plutôt atypique ! J’étais maître-nageur, j’adorais apprendre aux petits comme aux grands, mais le poids de l’administration au sein de la collectivité territoriale a eu raison de ma motivation. 
Pendant mon congé parental (j’ai eu 3 enfants en 19 mois), j’ai suivi une formation à la création d’entreprise. Au moment de me lancer, mon père qui avait fondé sa société de nettoyage 6 ans auparavant, m’a proposé de le rejoindre. J’ai donc commencé par le métier de femme de ménage et je le remplaçais pendant ses vacances. Lorsqu’il a pris sa retraite, je me suis donnée un an de « test » afin de vérifier si j’avais les épaules suffisamment solides, et ai racheté l’entreprise en 1997. Je me suis ensuite attelée à développer l’activité. CAEN NETTOYAGE.net c’est aujourd’hui 80 CDI et même 120 personnes en été avec une activité en pleine expansion ! 

Quelle est votre conception du métier ?

J’ai toujours souhaité tirer mon métier vers le haut, en luttant contre l’image négative qu’il renvoie parfois. Plutôt que de faire des prévisionnels et des projections chiffrées ambitieuses, j’étais plus attachée à positionner la bonne personne sur le bon poste, ce qui pour moi tient du simple bon sens. Dès le recrutement, nous demandons quelles sont les contraintes horaires et familiales du futur collaborateur ou de la future collaboratrice. Résultat : certains salariés sont même restés 30 ans au sein de l’entreprise, ce qui est très rare dans cette profession fatigante. Le respect est une valeur fondamentale. Je me bats par exemple depuis 25 ans pour le travail en journée ! Un personnel de ménage peut tout à fait croiser les équipes du bureau qu’il nettoie dans la journée, cela crée même du lien. Nos salariés aussi ont une vie de famille ! Emmanuel Carrère a réalisé un film sur le quotidien des femmes de ménage tiré du livre de Florence Aubenas « Le Quai de Ouistreham » qui sortira cette année. Nous sommes la seule entreprise dont elle a cité le nom pour valoriser les conditions de travail au sein de CAEN NETTOYAGE.net. Il est possible de conduire de nombreuses évolutions dans ce métier à partir du moment où l’on regarde autre chose que des tableurs Excel ! C’est d’ailleurs un des critères sur lesquels je me suis appuyée pour choisir le repreneur.

Justement, comment en êtes-vous arrivée à prendre la décision de céder l’entreprise ?

Chaque fois que j’ai tenté de trouver un bras droit, je suis tombée sur des bras gauches ! J’ai désormais besoin de repos. Les règles pour les entreprises changent en permanence ce qui est extrêmement lourd. La décision de vendre ne s’est pas prise du jour au lendemain évidemment. Une amie m’avait recommandé MBA Capital en louant leur professionnalisme.  Il se trouve que par le plus grand des hasards, Valérie Legentil de MBA Capital Caen a été ma banquière lors du rachat de la société à mon père. Ce clin d’œil m’a fait plaisir : comme une façon de boucler la boucle d’une histoire d’entreprenariat, de loyauté et de femmes !  

Comment s’est déroulée la cession de CAEN NETTOYAGE.net ?

En moyenne, une telle opération prend un an. Au bout de 8 mois à peine, tout était clôturé ! J’avais tenté de vendre seule un an auparavant mais cela n’avait pas abouti. Mon expérience prouve que l’accompagnement par des professionnels trouve tout son sens. Notre belle entreprise, bien mise en valeur par MBA Capital, a attiré de nombreux acquéreurs potentiels. MBA Capital a établi un comparatif de toutes ces offres sur de multiples critères. Le repreneur choisi n’a pas modifié ses engagements pris avant le confinement malgré la baisse du chiffre d’affaires. Il a déjà conduit de nombreuses opérations de croissance externe et connaît les perspectives positives du métier, dans le contexte de la Covid-19. J’ai informé les équipes du projet comme le requiert la loi Hamon, mais ai attendu la signature pour officialiser la cession afin d’être en mesure de répondre à toutes leurs interrogations. L’entreprise conserve son nom, l’ensemble des contrats et les clients vont continuer de travailler avec les mêmes équipes. Tout le monde est gagnant au final !

Quels critères ont été décisifs dans le choix du repreneur EMN ? 

Étant donné mon lien fort avec cette entreprise créée par mon père, que j’ai ensuite développée et mon attachement aux équipes, la valeur des hommes a prévalu sur le montant de l’offre. Aidée de Valérie Legentil, j’ai basé mon choix sur le contact, la vision, l’histoire de l’acquéreur dont le père était dans le métier et qui comme moi en connaît tous les arcanes. CAEN NETTOYAGE.net est très reconnu pour son éthique, son management, sa qualité de service, sa réactivité et je souhaitais pérenniser cette façon de travailler. Quitte à renoncer à des offres plus élevées. Cerise sur le gâteau, EMN est un groupe familial normand, alors l’histoire continue !

Pour terminer, quelle est votre vision du métier de Cheffe d’entreprise ?

Je considère que la vie est une succession d’apprentissages. J’ai été aidée par le fait d’appartenir pendant 12 ans à l’APM (Association Progrès du Management) créée par Pierre Bellon, fondateur de Sodexo. L’idée principale, c’est que si le dirigeant est bien dans son travail, les salariés le seront aussi. L’APM regroupe 7.500 adhérents, sous forme de clubs qui se réunissent une fois par mois et écoutent des experts dans des domaines extrêmement variés, sans forcément de lien avec l’entreprise d’ailleurs. Le but est d’enrichir ses connaissances, de sortir de son cadre de travail et de se nourrir d’autres visions. En tant que femme, mère de famille et Cheffe d’Entreprise nous sommes constamment sur le fil et il reste encore beaucoup à faire ! Comme je l’ai mentionné à la fin de mon discours de départ, j’aimerais ne plus recevoir de courrier au nom de « M. le Directeur ». Autre exemple significatif : je me souviens d’une visite au Sénat il y a 2 ans avec d’autres dirigeants, visite au cours de laquelle l’intervenant de cette grande Institution a souligné son plaisir à recevoir des Chefs d’entreprises… et leurs compagnes ! Gentille attention, sauf que les compagnes en question étaient 6 dirigeantes…